Philosophie analytique et libertarianisme

29 juin 2019

Deux remarques sur le domaine régalien

§1. Si une coopération pacifique entre deux individus ne peut exister en l'absence d'un Etat, peut-il exister une coopération pacifique entre plusieurs Etats en l'absence d'un super-Etat ?

§2. Si la coexistence de plusieurs Etats est anarchique comme cela a toujours été le cas dans l'histoire de l'humanité, les relations entre différents Etats devraient être aussi létales qu'entre citoyens d'un même Etat (domestic analogy). Pourtant, n'y a-t-il pas une différence économique entre les relations privées de citoyen à citoyen et les relations d'Etat à Etat, où le coût de la violence est externalisé et réparti à l'ensemble de la société par le souverain (roi, président, aristocrate, peu importe) au lieu d'être supporté par l'instigateur de la violence, comme cela se passe dans des relations entre individus ?

 

Lire Hans-Hermann Hoppe, The Private Production of Defense (2009)

 

hans

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18 juin 2019

La science et le langage observationnel

Carnap tente de reformuler les termes théoriques des énoncés physiques en langage observationnel. Par "langage observationnel", on tente de recouvrir les termes qui désignent des qualités observables et que l'on peut déterminer rapidement avec un degré de confirmation élevé. Ici, on peut déjà faire remarquer (et Putnam, dans « Ce que les théories ne sont pas », ne s'est pas privé de le faire) que des termes strictement observationnels n'existent pas, dans la mesure où "les termes qui dénotent des entités non observables ont été, dans l'histoire effective des sciences, invariablement expliqués à l'aide de locutions déjà disponibles et dénotant aussi des entités non observables" (Putnam), par exemple dans "des gens trop petits pour qu'on puisse les voir" (exemple de Putnam).

Mais supposons que cette dichotomie ait un sens. Carnap tente d'effectuer sa réduction sur le terme "soluble". Un corps est soluble ssi lorsqu'on le place dans l'eau, il fond. [Placer dans l'eau] = p. [Fondre] = f. L'énoncé a la forme (p -> f). Pour p vrai et f vrai, (p->f) est vrai, pour p vrai et f faux, (p->f) est faux, pour p f et f faux, (p->f) est vrai et pour p faux et f vrai, (p->f) est vrai : on sait qu'avec un antécédent faux et un conséquent vrai, l'inférence n'est pas invalidée. Si l'on en revient donc à la réduction carnapienne, un corps n'ayant jamais été placé dans l'eau est soluble. Nous nous retrouvons donc devant un "corbeau noir" de Hempel, un énoncé que presque tout confirme.

Hempel justement, dans un article intitulé « Les critères empiristes de la signification cognitive : problèmes et changements », propose donc de réformer le definiens de la réduction de Carnap en disant que si une substance est plongée dans l'eau à l'instant t, alors elle est soluble si elle se dissout à l'instant t (on pourrait préciser : si sa dissolution commence à l'instant t). Cet énoncé de réduction a donc un statut conditionnel. Il n'améliore pas significativement la situation : si une substance est non-plongée dans l'eau, alors elle est non-soluble si elle ne se dissout pas. Donc, l'aspirine n'est soluble que quand je la plonge dans l'eau, autrement dit : l'attribut soluble n'est qu'une propriété de la substance à l'instant t (i.e. le reste du temps, non). Un cachet d'aspirine posé sur un coin de table n'est pas soluble.

Ce genre de réduction est sans doute voué à l'échec. Elève de Carnap, Quine a argumenté en ce sens dans Relativité de l'ontologie et autres essais en expliquant qu'un énoncé typique portant sur des corps n'a aucun fonds d'implication expérimentale qui lui est propre : c'est le noeud théorique, the bundle of hypotheses, qui en a. C'est cette "masse substantielle de théorie" (trad. Largeault) qui rend vérifiables les prédictions. L'empiriste doit donc abandonner "l'espoir de déduire les vérités de la nature à partir de preuves sensorielles" (éd. Aubier, p. 92). Les significations empiriques d'énoncés théoriques, déroulées dans d'interminables paraphrases, sont invérifiables en l'absence d'un arrière-plan théorique. Si une expérience dérivée d'une théorie échoue, comment savoir si c'est l'expérience qui est fautive ou la théorie ? Si c'est la théorie, est-ce ce que cette théorie avait de nouveau par rapport à celles sur lesquelles elle s'appuyait ? Quel tronçon de la théorie est remis en question ? D'un point de vue peircien, la signification d'un énoncé est la différence qui résulte de sa vérité pour l'expérience possible. Un tronçon de la théorie n'a donc pas de signification empirique (mais comme le précise Quine, "une portion suffisamment inclusive de la théorie en a.") Le projet carnapien de traduction en langage observationnel, qui rendrait cette différence dont parle Peirce, ne traduirait donc que des tronçons de théories. En traduisant strictement la différence peircienne, Carnap prouverait observationnellement la théorie sans traduire la théorie tronçon par tronçon. "Ce serait une drôle de traduction, puisqu'elle traduirait le tout sans traduire aucune de ses parties." (Quine, p. 93).

 

rudolf

10 juin 2019

Les manipulations monétaires de Salvini

Matteo Salvini lancerait une nouvelle monnaie qui circulerait dans le marché italien : les minibots, semblables aux IOU californiens de 2009. Comme le déclare David Cayla au Figaro, "Concrètement, les minibots serviront à payer les entreprises à qui l’État doit de l’argent par des titres de dette, titres qui seront en retour acceptés pour le paiement des impôts." C'est une façon pour l'Etat endetté à 130% de son PIB de contourner le bras de fer avec la BCE sur le montant des taux d'intérêt. Il n'est cependant pas du tout certain que l'émission de minibots amadoue Bruxelles, qui devrait surtout y voir une occasion pour Salvini d'alourdir la dette de l'Etat par la titrisation, càd la transformation d'une partie des prêts bancaires en titres négociables achetés par les investisseurs.

Ce coup d'éclat fait suite à l'annonce au début de l'année par Salvini de mettre la main sur les réserves d'or de la banque centrale italienne, toujours, bien entendu, pour financer un accroissement de la dépense publique, et ce bien que les 2452 tonnes d'or ne représentent que 103 milliards de dollars, soit 4% du volume de la dette italienne. Ajoutons que seuls 1199.4 du volume total est détenu en Italie (le reste à NY (y est-il encore d'ailleurs ?) et en Suisse), et comme le remarque le site Zero Hedge, "without any documentary evidence or independent auditing or verification of any of its gold, especially the foreign held gold, these claims are impossible to verify." L'idée lumineuse est venue de Beppe Grillo (M5S) qui proposait de vendre environ 500t d'or (1). Le problème dans tout cela est que l'or appartient à la Banque d'Italie (et ses 121 actionnaires) et pas à l'Etat italien.

Ces annonces insensées renforcent l'instabilité des marchés et l'inquiétude des investisseurs à l'égard du futur de l'économie italienne.

ecb italy

Le "noyau rationnel" de cette politique est le redressement du rendement du trésor italien ce qui signifie une amélioration du retour sur investissement.

https://www.zerohedge.com/s3/files/inline-images/2019.05.14italytwoyear.png?itok=n-U0oOKS

 

 

(1) Sachant que 2452t se vendent pour 103 milliards, il faut 23.8t d'or pour faire 1 milliard. 500t = 21 milliards environ.

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09 juin 2019

Sur la privatisation d'ADP

§1. Rappel des bases : soit le privé gère mieux que le public, soit non. Si l'on pense que non, réfléchissons au fait que les travaux publics sont si notoirement longs et dépassent si notoirement leur coût initial. Pourquoi donc ? Tout simplement parce que personne ne joue son propre argent et qu'en cas de dépassement de délai, il n'y a qu'à rallonger les subventions. Il n'existe aucune incitation à l'efficacité. Si une agence publique perd de l'argent, elle est renflouée (cf. les GSE pendant la crise de 2008). Si une agence privée en perd, elle ferme. On peut penser au gouffre financier de l'aéroport de Denver.

§2. Quels sont les premiers aéroports du monde ? Le premier est Atlanta, aéroport américain. Les aéroports américains ont été lancés par l'initiative privée (Henry Ford et celui de Dearborn dans le Michigan en 1924, qui compte le premier terminal moderne et le premier hôtel aéroportuaire) et aujourd'hui, quoique l'Etat y joue un rôle important, ils contractent aussi beaucoup avec des firmes privées. Ce qui ne les empêche pas d'être plutôt mal considérés.

§3. Dans la situation actuelle, on mélange le public et le privé (comme aux US). C'est dangereux, c'est idéal pour la corruption et ça crée in fine le bordel (cf. la faillite d'Autolib). Il faut être conséquent : ou la privatisation c'est mal et il faut nationaliser ADP, avec les conséquences dramatiques qui s'ensuivent (gouffre financier dû à l'incapacité naturelle de l'Etat à calculer ses coûts, augmentation de la dépense publique, explosion des tarifs (je rappelle que c'est la dérégulation du transport aérien qui a permis l'essor de la mobilité dans le monde depuis les années 70)) ou la privatisation permet une amélioration de la gestion.

§4. L'argument qui consiste à dire qu'en privatisant ADP, on fait perdre de l'argent à l'Etat ne tient pas. D'abord on pourrait dire qu'on se fiche que l'Etat perde de l'argent du moment que nous, on en gagne (baisse des prix). Ensuite, ADP paye des dividendes donc l'Etat perd de l'argent, qu'il rentabilise en augmentant les impôts et les taxes sur les dividendes des autres : comme le dit Séraphin Lampion dans Tintin et les Picaros : "et tout ça aux frais de la princesse, évidemment. Mais au fait, c'est nous, la princesse."

hhh

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